Interview au Père Jean Pierre Turabanye

Le 24 aout 2020, le Père Jean Pierre Turabanye a totalisé 25 ans de vie religieuse salésienne. L’événement a été célébré dans la province de l’AGL le 15 novembre 2020.  Ce jour-là il déclarait :

« En réalisant que désormais 25 ans sont passés à compter à partir de la matinée de grâce du 24 août 1995 où j’ai prononcé mes vœux religieux et ai été accueilli dans la société salésienne.  Il ne s’agit pas de faire mémoire d’un événement passé, mais de revivre plutôt dans le présent, hic et nunc, ici et maintenant,   ce que j’ai promis à Dieu : me consacrer à Dieu comme m’engageant comme Don Bosco au salut de la jeunesse. Cet événement eut lieu à Kansebula, à Lubumbashi, dans la Province du Katanga, au cours d’une célébration eucharistique où 12 novices salésiens émirent leurs vœux religieux. Après toutes ces années, il y a toujours des raisons multiples de louer Dieu, qui m’a toujours soutenu, accompagné et gardé fidèle dans cette belle aventure de vie la religieuse. Tout au début, je me rappelle bien ce que Dieu a été pour moi dans ma première année d’expérience comme aspirant, vécue à Goma, dans l’œuvre de Ngangi, en 1992, puis comme  postulant au Rwanda, à Gatenga, en 1993, et plus tard, jeune salésien, à Lubumbashi de 1995 à 2003, jusqu’à l’ordination sacerdotale. En 2003, dans la même année où j’ai été ordonné prêtre salésien,  j’ai eu la joie de retourner au Rwanda, à Gatenga, en 2003, pour me dédier au service de la jeunesse pauvre et abandonnée. C’est là où j’ai passé de nombreuses et belles années de ma vie religieuse au milieu de milliers de jeunes. A présent, depuis deux ans je continue la même mission dans la communauté de Rango. »

Mais qui est le Père Jean Pierre ? Quels sont ses sentiments après 25 ans comme salésien de Don Bosco ? Quels sont ses ambitions, ses rêves pour la suite de son parcours comme prêtre salésien ? A découvrir dans cette interview réalisée par nos collègues de Jambo Vijana, un media salésien œuvrant à Goma, dans les semaines qui ont précédé le jubilé, le 15 novembre 2020 à  Butare (Rwanda)

  1. Révérend Père Jean-Pierre, pouvez-vous vous présenter largement (parlez de votre enfance-jeunesse : depuis quand, comment et pourquoi êtes-vous devenu Salésien de Don Bosco ? Pourquoi avez-vous décidé de devenir prêtre missionnaire salésien ?)

Je suis né à Goma le 1er Août 1972, au Quartier Birere, Avenue Rumangabo, dans la Commune de Goma. Je suis l’aîné d’ une famille de dix enfants et mes deux parents sont encore tous en vie; ils habitent encore à Goma, au Quartier Katindo, non  loin de l’hôpital Général. J’ai fait l’école primaire à l’Ecole primaire de Karisimbi, et puis pour mes études secondaires, j’ai fréquenté l’Institut de Goma (INSTIGO), où j’ai sanctionné mes études en 1991 avec un diplôme en Section Scientifique, option Math-Physique. Dans mon enfance, comme d’autres enfants de mon quartier, en dehors des heures de l’école, je jouais au football avec des camarades; et des fois nous nous rendions au Lac – Kivu pour nous baigner à longueur de journée. C’était surtout pendant les vacances où nos journées étaient très mouvementées et pleines d’activités ludiques : jeux de cache-cache, des matches de football, le Cinéma, des randonnées dans les environs de la ville de Goma, etc. Je me rappelle bien, en 1981, quand les Salésiens débarquèrent à Goma, j’avais neuf ans, mes camarades et moi avons participé à la première Plaine de Jeux laquelle, dois-je l’avouer, fut un moment qui a transformé nos vies ! Nous jouions, nous dansions et nous amusions avec des salésiens, bref il régnait un climat de famille et de joie qui me faisait penser à une fête sans fin au milieu des premiers salésiens, notamment le frère Honorato, le Père Pol Van Laer, le Père Tafunga Jean-Pierre (par après devenu évêque) et d’autres salésiens dont je ne me rappelle plus le nom. C’est de cette manière qu’en côtoyant les salésiens de ce temps, j’allais à la messe du dimanche, participais au patronage du dimanche et au championnat de football que le Frère Honorato organisait au cours de l’année. En d’autres mots, c’est ici où est née ma vocation de me consacrer au Seigneur dans la Congrégation salésienne. Le moment le plus important qui m’est resté imprimé dans la mémoire, je me rappelle que c’était en 1989, quand je terminais ma quatrième année secondaire, un jeune salésien Gilbert Kambale, aujourd’hui frère salésien, me proposa d’écrire une lettre au Père Jacques Verheyden lui demandant d’être aspirant  salésien. Sans vouloir trop réfléchir, une semaine après je me présentai chez le père Jacques avec ma lettre. Il l’accueillit avec joie et me conseilla de me dédier à mes études, et promit de me rappeler quand j’aurai terminé mes études secondaires. A partir de ce moment, les salésiens m’étaient très proches et m’accompagnaient de différentes manières afin de m’aider à mûrir cette vocation. En 1992, à la fin de mes études secondaires, j’ai été appelé pour commencer l’aspirantat à Don Bosco Ngangi. En m’occupant des jeunes, la plupart non instruits et pauvres, j’ai compris que le Seigneur m’a appelé à devenir pour eux un Don Bosco, c’est-à-dire un ami et un père qui leur veut du bien et se soucie de leur bonheur. C’est la raison qui m’a motivé durant les premières années de ma vocation, et même au cours des années ultérieures; si bien que cette année en célébrant mes 25 années de vie religieuse je garde la ferme conviction que ma vocation salésienne est à la fois un don gratuit de Dieu et une grande responsabilité pour moi de vivre dignement ma mission d’apôtre des jeunes partout où il m’envoie.

 

 

  1. Pour la célébration de votre jubilé d’argent de vie religieuse, qu’est-ce qui vous a réjoui en termes d’actions, d’activités et d’expériences personnelles et/ou communautaires réalisées ou vécues pendant ces 25 années ? En marge de ce jubilé, quel message particulier adressez-vous aux nombreux jeunes, amis, frères, sœurs, parents et chrétiens de Goma et d’ailleurs  qui vous affectionnent en vous surnommant : «Mtumishi wa nyumbani (serviteur du terroir)» ?

En pensant à mon jubilé d’argent de vie religieuse salésienne, je me réjouis d’abord d’arriver à ce grand jour d’anniversaire alors que je ne le méritais pas, car je n’ai rien fait de spécial par rapport à de nombreux collègues qui ont rebroussé chemin durant les années de formation. Franchement, en voyant les méandres où je suis passé durant mon cheminement vocationnel, je puis dire que le Seigneur m’a fait des merveilles et m’a gardé fidèle en dépit de mes fragilités. Je Lui en rends grâce ! Quant aux réalisations, vous savez très bien, dans la vie religieuse nos réussites ne peuvent pas être comptées en termes de grandes prouesses et moins encore en actions spectaculaires, mais plutôt dans la qualité de ma vie en tant que salésien de Don Bosco. Dans ce sens, je voudrais relever l’expérience apostolique que j’ai vécue à Lubumbashi durant mes années de formation. J’ai été nommé tantôt dans la vallée de la Kafubu pour animer le Patronage, tantôt en ville pour accompagner des groupes et mouvements d’action apostolique. Et puis, en théologie, où je faisais partie du Bureau pastoral TUJENGE. Voilà une expérience qui m’a permis de sillonner toutes les paroisses de Lubumbashi. Enfin, en tant que prêtre salésien, depuis 2003, j’ai passé une dizaine d’années dans l’œuvre de Gatenga, au Rwanda, d’abord comme animateur des jeunes, puis responsable du Prénoviciat et enfin, Directeur de l’œuvre. C’est une période qui m’a renforcé dans ma vocation et m’a fortement révélé la beauté de la vocation salésienne. Je débordais de joie surtout lorsqu’une foule de jeunes venait à moi pour me parler, me demander conseil et solliciter de l’aide spirituelle ou matérielle comme des enfants auprès d’un père. Jusqu’aujourd’hui, certains parmi eux, je me réjouis de les rencontrer dans la ville de Kigali : qui employé dans une entreprise, qui enseignant dans une école, qui frère ou prêtre dans une congrégation !   Pour finir, à mes chers parents, frères et sœurs, amis et amies, jeunes et chers chrétiens de Goma, en ce temps où je me prépare à mon Jubilé d’argent, je voudrais vous exprimer ma gratitude pour vos prières et gestes d’affection que vous m’avez toujours témoignés. Célébrer 25 ans de vie ne signifie pas que je suis arrivé à la perfection de ma vocation. J’ai encore un long chemin à parcourir pour être chaque jour un digne disciple du Christ et un témoin authentique du charisme salésien pour les jeunes d’aujourd’hui. Continuez à prier pour moi !

  1. Révérend Père, depuis votre admission au sein de la congrégation salésienne, qu’est-ce-que vous regrettez de n’avoir pas accompli jusqu’à présent?

A cette question, combien délicate, que vous me posez, je dirai tout simplement que dès ma profession religieuse salésienne, 25 ans sont déjà passés, à part tant de bien que le Seigneur a fait à de nombreux jeunes à travers mes diverses activités apostoliques, je ne manquerai pas non plus de confesser mes  limites et faiblesses humaines, mes superficialités ou bien même une certaine froideur spirituelle qui ne m’ont pas toujours permis d’offrir le meilleur de moi-même aux jeunes. Bref, ma grande confession c’est peut-être le fait de n’avoir pas réussi jusqu’à présent à m’identifier complètement à Jésus – Christ, qui m’a appelé en dépit de mes défauts et m’aide chaque jour à grandir dans ma vocation religieuse. Quoi qu’il en soit, je reste convaincu que tout ce que je suis je le dois à la grâce de Dieu et le oui de fidélité à son projet de servir les jeunes que j’ai prononcé une fois dans ma vie doit se renouveler  chaque jour et se vivre dans une dynamique de conversion permanente.

  1. Père Jean-Pierre TURABANYE, quels sont vos rêves, vos perspectives en tant que salésien jubilaire ?

En cette période préparatoire de la célébration de mon jubilé d’argent, un grand rêve qui m’habite au plus profond du cœur est d’aller œuvrer dans une maison salésienne où les jeunes vivent dans une situation de grande pauvreté. De cette manière, comme Don Bosco à l’origine de la Congrégation, je pourrai faire l’expérience d’une présence amicale et paternelle au milieu d’eux. Évidemment comme salésien religieux, c’est à mon supérieur de voir là où se fait sentir l’urgence de la mission. Moi je lui obéirai pour n’importe quel endroit où il m’enverra pour la mission. Pour les années à venir, je nourris en moi également un vif projet de m’investir dans la recherche et la publication de livres sur les défis actuels de la pastorale des jeunes au Rwanda. Vu que je suis détenteur d’un diplôme d’études supérieures en Pastorale des jeunes, je pense que le moment est venu de mettre mes compétences au service de la mission de l’Église locale.

  1. Père Jean-Pierre, avez-vous un message à adresser à tous vos confrères salésiens et aux jeunes qui sont dans diverses maisons de formation à la vie religieuse salésienne, à travers le monde ?

A l’occasion de la célébration de mon jubilé d’argent de vie religieuse, je voudrais tout d’abord dire à tous mes confrères salésiens proches ou dispersés dans le monde, que la joie que j’éprouve en ces jours n’est pas pour moi seul. C’est aussi la joie de toute notre Congrégation salésienne, car à mon avis je crois que le oui prononcé au Seigneur à ma première profession religieuse n’était qu’un début d’une belle aventure avec Dieu et avec chacun de vous dans la communauté et la mission salésienne. Après vingt-cinq ans de vie partagée avec vous, permettez-moi de dire merci chacun de vous, car sans vous je pourrais peut-être me sentir salésien d’une certaine manière, mais avec vous j’ai vécu en vrai salésien et j’ai pu apprendre de vous chaque jour à aimer Dieu et à le servir parmi les jeunes. Que le Seigneur vous en récompense au centuple !  Quant aux jeunes confères salésiens en formation, je voudrais vous inviter à persévérer dans votre cheminement vocationnel et à discerner régulièrement vos motivations à vous consacrer au Seigneur. La vocation se mûrit durant les étapes de formation initiale et vous ouvre à une belle aventure avec Dieu qui dure toute la vie. Demandons, vous et moi le jubilaire, à notre Seigneur Jésus-Christ par l’intercession de Marie Auxiliatrice, de nous accorder la grâce de la fidélité et d’une vie de sainteté.

 

Jambo Vijana